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Le ski sur glacier

Ce que le glacier offre que la montagne ordinaire ne peut pas

Un glacier est une masse de glace permanente formée par l'accumulation et la compaction de neige sur des décennies, voire des siècles. En termes de ski, un glacier garantit deux choses que la neige ordinaire ne peut pas assurer : une disponibilité potentiellement annuelle, et une couche de neige généralement épaisse qui résiste aux épisodes de manque d'enneigement. Ces deux caractéristiques expliquent pourquoi les stations ayant accès à un glacier constituent une catégorie à part dans le paysage mondial du ski.

En altitude, les glaciers permettent de skier à des moments où les autres domaines sont fermés — en été (juillet-août), en automne avant l'ouverture des stations conventionnelles, ou lors d'hivers peu enneigés qui laissent les pistes de moyenne montagne sans couverture suffisante. Les équipes nationales de ski alpin du monde entier organisent leurs camps d'entraînement estivaux sur les glaciers européens, notamment aux Deux Alpes, à Tignes, à Saas-Fee, à Zermatt et au Stubai.

Les grands glaciers skiables d'Europe

Zermatt, en Suisse, est la destination glaciaire la plus célèbre d'Europe. Son domaine skiable s'étend jusqu'à 3 883 mètres au Kleine Matterhorn, et la zone glaciaire du Theodulgletscher — accessible par le téléphérique et le funiculaire souterrain — est ouverte pratiquement toute l'année, avec une fermeture de quelques semaines en mai ou en début juin selon les conditions. Le domaine est relié côté italien à Cervinia, ce qui permet des descentes jusqu'à 1 524 mètres dans la vallée de Valtournenche, soit un dénivelé d'environ 2 300 mètres. La Weisse Perle, qui descend du Kleine Matterhorn jusqu'au village de Zermatt, est l'une des plus longues pistes damées des Alpes — environ 22 kilomètres — et représente une expérience à part entière pour tout skieur qui souhaite comprendre ce que signifie vraiment un domaine d'altitude.

Saas-Fee, également dans le Valais suisse, a construit son identité autour du ski estival : le Fee Glacier, au-dessus de 3 000 mètres, est accessible quasiment toute l'année et accueille régulièrement les camps d'entraînement des équipes nationales de ski alpin — Norvège, Autriche, Suisse, Japon. La station est entièrement piétonne, ce qui contribue à une atmosphère calme et montagnarde. Le point culminant du domaine atteint 3 600 mètres ; la vue depuis le Allalin (3 559 m) embrasse les Quatre-Milles du Valais, dont le Dom, le Lenzspitze et le Nadelhorn.

Les Deux Alpes, en Isère, dominent la neige estivale grâce au glacier du Mont de Lans, qui culmine à 3 600 mètres. La station est ouverte en juillet et en août sur la partie glaciaire, accessible via un funiculaire dont la longueur horizontale est l'une des plus importantes d'Europe. Les pistes y sont généralement ouvertes de 7h30 à 13h, afin de profiter des meilleures conditions avant que la chaleur de la journée ne ramollisse la neige de glacier en neige de printemps. En hiver, ce même glacier constitue la partie haute du domaine des Deux Alpes, qui s'étend de 1 300 à 3 600 mètres.

Tignes, dans la vallée de la Tarentaise en Savoie, est reliée à Val d'Isère pour former l'Espace Killy. Son glacier de la Grande Motte (3 456 mètres) est accessible par l'un des téléphériques les plus impressionnants des Alpes françaises. En automne, dès fin octobre, la station ouvre une partie de son glacier pour les équipes nationales, plusieurs semaines avant l'ouverture officielle de la saison. C'est le principal site de pré-saison pour les compétiteurs de ski alpin en France.

En Autriche, le Stubaier Gletscher dans le Tyrol est le plus grand glacier skiable d'Autriche, avec environ 35 kilomètres de pistes entre 1 750 et 3 210 mètres (Schaufeljoch). Il est accessible depuis Innsbruck en quarante-cinq minutes et offre une saison allant d'octobre à mai. Hintertux, dans la vallée de Ziller, dispose d'un glacier qui est le seul en Autriche à être ouvert 365 jours par an, avec des pistes entre 2 660 et 3 250 mètres. Les équipes de ski alpin du monde entier y organisent leurs stages estivaux, profitant de la neige glaciaire compacte qui reste skiable même en plein été.

En Scandinavie, le centre de ski d'été de Galdhøpiggen en Norvège, à environ 1 850–2 100 mètres dans le massif du Jotunheimen — à proximité du sommet du Galdhøpiggen (2 469 mètres), point culminant de Scandinavie — offre du ski d'été sur une piste d'environ 3 kilomètres de long. C'est une expérience de niche, mais remarquable, notamment pour la lumière particulière du soleil de minuit.

Les risques spécifiques au terrain glaciaire

Skier sur un glacier actif comporte des risques distincts de ceux du ski de montagne ordinaire. Le principal est celui des crevasses — des fissures dans la glace qui peuvent s'ouvrir soudainement, être recouvertes par un pont de neige instable, et plonger à des profondeurs de plusieurs dizaines de mètres. Sur les domaines aménagés des stations, les zones dangereuses sont balisées et les crevasses actives comblées ou clôturées. Hors des pistes balisées sur glacier, le risque de crevasse est réel et demande une formation spécifique.

La règle de base pour le hors-piste glaciaire : ne jamais s'aventurer sans corde, piolet et crampons dans les zones crevassées, et idéalement, pas sans un guide de haute montagne certifié UIAGM. Les guides du Bureau des Guides de Chamonix, par exemple, emmènent régulièrement des skieurs expérimentés sur les glaciers qui entourent le massif du Mont-Blanc. Le ski estival sur glacier comporte un risque supplémentaire lié à la chaleur : les ponts de neige qui recouvrent les crevasses s'affaissent et se fragilisent dans l'après-midi. Les meilleurs créneaux pour skier en toute sécurité sur un glacier en été sont les premières heures du matin — entre 7h et 10h — lorsque la surface est encore gelée.

Le risque d'éboulements et de séracs (tours de glace instables qui se détachent des fronts glaciaires) est également présent sur certains itinéraires. Le couloir du Midi, sous le téléphérique de l'Aiguille du Midi à Chamonix, est exposé aux séracs en période de réchauffement. Les guides locaux connaissent les fenêtres horaires sûres pour ces itinéraires.

Le Passo dello Stelvio et Whistler Blackcomb

En dehors des Alpes, deux destinations glaciaires méritent d'être mentionnées. Le Passo dello Stelvio, en Lombardie, à la frontière entre le Tyrol du Sud et la Suisse, a longtemps proposé du ski estival sur son glacier à environ 2 800 mètres d'altitude. Le domaine est plus modeste que ceux de Zermatt ou Saas-Fee, mais les pentes raides et la neige compacte en faisaient un lieu apprécié des équipes de vitesse. Le recul glaciaire a rendu le fonctionnement estival plus incertain ces dernières années.

Au Canada, Whistler Blackcomb en Colombie-Britannique propose l'accès au Horstman Glacier sur Blackcomb, à environ 2 160 mètres. Ce glacier, bien que petit par rapport aux standards alpins, a été pendant des années le principal terrain d'entraînement estival pour les équipes de freestyle et de snowboard du monde entier, avec des parcs à bosses et une demi-pipe sur la neige naturelle. La saison d'utilisation du glacier dépend des conditions annuelles, généralement juin-juillet.

L'impact du changement climatique sur les glaciers skiables

Le recul des glaciers alpins est documenté et visible. Certains glaciers skiables qui existaient il y a vingt ans ont significativement réduit leur surface skiable. Le Theodulgletscher sous le Kleine Matterhorn s'est aminci de façon mesurable depuis les années 1980. Le glacier de la Girose aux Deux Alpes a perdu plusieurs dizaines de mètres de profondeur au cours des dernières décennies. Les glaciers de Presena en Italie et du Stubai en Autriche sont protégés chaque été par des couvertures géotextiles blanches posées sur les zones les plus exposées, pour ralentir la fonte estivale.

Ces évolutions modifient les conditions de ski sur certains glaciers : là où la neige était autrefois épaisse et légère, des plaques de glace affleurent désormais en été, rendant certaines pistes plus techniques et moins adaptées au ski récréatif. La question pratique pour un skieur est simple : les domaines glaciaires qui offrent aujourd'hui du ski en juillet et août pourraient, d'ici vingt à trente ans, se limiter à une saison d'hiver classique. Les glaciers situés en dessous de 2 800 mètres sont les plus vulnérables à cette évolution.

Préparer une journée sur glacier

Une journée de ski sur glacier demande quelques adaptations par rapport à une journée de ski classique. L'exposition UV à 3 000 mètres est significativement plus intense qu'en vallée — une crème solaire indice 50+ appliquée en abondance, y compris sous le menton et dans les narines, des lunettes avec protection latérale, et un bonnet sous le casque sont indispensables, pas optionnels. La météo de haute altitude peut changer rapidement ; une couche intermédiaire chaude dans le sac à dos est recommandée même en plein été.

Ouvrez la carte pour explorer les stations disposant de domaines glaciaires et comparer leurs altitudes sommitales, leurs saisons d'ouverture et leurs caractéristiques.

Skier sur un glacier reste l'une des expériences les plus singulières que la montagne puisse offrir : la lumière différente de l'altitude, la qualité particulière de la neige glaciaire froide et compacte, la présence de structures géologiques que l'on ne voit nulle part ailleurs. Pour un skieur qui ne l'a jamais fait, une journée sur le glacier du Kleine Matterhorn à Zermatt ou sur celui de la Grande Motte à Tignes est une expérience qui restera.