La Haute Route et les grandes traversées à ski
La Haute Route entre Chamonix et Zermatt est l'itinéraire de randonnée à ski le plus célèbre au monde. Elle traverse les plus hauts massifs des Alpes occidentales sur environ 120 kilomètres, avec un dénivelé positif cumulé de plus de 11 000 mètres sur sept à dix jours selon le parcours choisi. Elle passe par des cols glaciaires à plus de 3 500 mètres, longe des crevasses, traverse des plateaux de neige ventés et termine sous la silhouette du Cervin à 4 478 mètres. Pour beaucoup de pratiquants, réaliser la Haute Route est l'accomplissement d'une vie de skieuse ou de skieur.
Histoire de l'itinéraire
La traversée a été réalisée pour la première fois en hiver à ski en 1903 par des membres du Club Alpin Anglais. L'itinéraire original suivait des cols différents de ceux utilisés aujourd'hui et prenait plus de deux semaines. Les techniques de ski et l'équipement de l'époque rendaient les traversées beaucoup plus laborieuses que de nos jours, mais la logique de base — relier Chamonix à Zermatt en utilisant les glaciers et les cols comme voie de passage — est restée inchangée.
L'itinéraire dit classique, stabilisé au cours du XXe siècle avec le développement du réseau de refuges alpins des deux côtés de la frontière, passe par le Col du Chardonnet, le Plateau du Trient, le Plateau Rosa, le Col Valpelline et le Stockji avant d'arriver à Zermatt. Des variantes plus directes ou plus engagées existent pour les groupes expérimentés.
Le parcours classique jour par jour
Le point de départ habituel est Argentière, dans la vallée de Chamonix, accessible par le téléphérique des Grands Montets. Le premier col important est le Col du Chardonnet à 3 323 mètres, qui donne accès au glacier du Tour. La première nuit se passe souvent au refuge Albert 1er à 2 702 mètres.
La deuxième journée traverse le Plateau du Trient — un glacier large et exposé au vent — jusqu'au Col du Plateau du Trient à 3 472 mètres, puis descend vers le village de Champex en Suisse ou continue directement vers le refuge du Trient selon l'itinéraire. La troisième journée monte au Grand Saint-Bernard ou traverse vers le Col de Bavon.
Les jours suivants traversent les glaciers du versant suisse — Glacier des Rosses, Haute Glacier d'Arolla — avant d'atteindre Arolla, village valdôtain à 1 998 mètres, souvent utilisé comme étape de ravitaillement. La section finale passe par le Col de Valpelline à 3 568 mètres et le Col du Mont Brûlé avant la descente vers Zermatt par le glacier de Findelenbach.
Niveau requis et encadrement
La Haute Route s'adresse à des skieurs compétents en terrain alpin, capables de gérer des pentes de 35 à 40 degrés, de traverser des glaciers crevassés en cordée, et de progresser par mauvais temps si nécessaire. Ce n'est pas une randonnée nordique : le terrain glaciaire exige la maîtrise des crampons pour les sections gelées, et les risques d'avalanche sur les versants exposés sont réels.
La grande majorité des groupes effectuent la traversée avec un guide de haute montagne certifié. En France, les guides sont certifiés par le Syndicat National des Guides de Montagne (SNGM). En Suisse, par l'Association Suisse des Guides de Montagne (SBV/ASGM). Un guide pour deux à quatre clients est la norme habituelle.
Sans guide, la traversée est possible pour des skieurs de randonnée très expérimentés, avec une connaissance approfondie de la navigation en glacier, du risque avalanche et des techniques de crevasse. Elle ne doit pas être sous-estimée : plusieurs accidents mortels surviennent chaque année sur l'itinéraire, principalement dans les chutes en crevasse ou lors d'avalanches.
Les refuges de la traversée
Le réseau de refuges alpins qui jalonne la Haute Route est une infrastructure extraordinaire. Les refuges de Haute Route sont gérés par les clubs alpins suisse (CAS) et français (FFCAM/CAF). Ils offrent un hébergement en dortoirs ou en chambres, des repas chauds et une ambiance d'une convivialité particulière.
Le refuge du Trient (CAS, 3 170 m) et le refuge de Prafleuri (CAS, 2 624 m) sont parmi les plus fréquentés. Le refuge des Vignettes (CAS, 3 160 m) offre une vue spectaculaire sur le glacier d'Otemma et les Aiguilles Rouges d'Arolla. Ces hébergements doivent être réservés bien à l'avance en haute saison — mars et avril sont les mois les plus fréquentés.
La qualité des repas dans ces refuges est souvent surprenante pour les non-initiés. Fondue, soupe d'altitude, plats de pâtes copieux — les gardiens de refuges alpins maîtrisent l'art de nourrir des groupes épuisés avec des ressources limitées.
Autres grandes traversées à ski
La Haute Route Chamonix-Zermatt n'est pas la seule grande traversée à ski. Le tour des Écrins dans les Hautes-Alpes françaises est un itinéraire moins connu mais magnifique, qui fait le tour du massif des Écrins en six à huit jours avec des refuges confortables. Le massif culmine à La Barre des Écrins à 4 102 mètres.
La Patrouille des Glaciers suisse, organisée tous les deux ans, relie Zermatt à Verbier en compétition de randonnée à ski sur 53 kilomètres. Ce n'est pas une traversée touristique mais une course d'élite qui attire des milliers de participants dans les catégories civiles et militaires.
En Scandinavie, la Haute Route norvégienne — Hardangervidda traversée — est une traversée de plateau de 80 à 120 kilomètres selon le tracé, sur un terrain plus ouvert et moins technique que les Alpes, mais avec des conditions météorologiques arctiques fréquentes et une navigation difficile en cas de tempête.
En Alaska, la traversée Hatcher Pass ou les itinéraires autour de la chaîne de l'Alaska relèvent d'une catégorie différente — expéditions de plusieurs semaines en terrain sauvage sans refuges, avec des conditions météorologiques et des risques objectifs qui en font des entreprises d'alpinisme intégral plutôt que de randonnée à ski.
Planifier la Haute Route
La meilleure période pour la Haute Route est de mi-mars à mi-avril. Avant cette période, la neige haute est souvent trop froide et trop instable pour être sûre sur les versants exposés. Après mi-avril, les journées s'allongent mais la neige ramollit rapidement en altitude et les crevasses s'ouvrent avec le dégel.
L'équipement requis comprend des skis de randonnée ou un splitboard avec des peaux, des crampons, des piolets ou des bâtons à grip renforcé, un ARVA, une sonde et une pelle — et l'entraînement pour utiliser correctement chacun de ces outils. Un sac à dos de 35 à 40 litres suffit si les refuges sont réservés ; une traversée en autonomie requiert 50 à 60 litres.
Ouvrez la carte pour localiser Chamonix, Zermatt et les massifs traversés par la Haute Route classique.
La Haute Route est plus qu'un itinéraire à ski. C'est une expérience de la montagne dans sa dimension la plus complète — physique, sensorielle et humaine. Ceux qui l'ont réalisée parlent rarement de performance. Ils parlent de glaciers au lever du soleil, de la silhouette du Mont-Blanc au-dessus des nuages, et du thé chaud du gardien de refuge en fin d'après-midi.